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Thursday, July 5 2012

Saakachvili – Ivanishvili : la Géorgie aux deux facettes

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Dans les colonnes du Monde daté du 4 juillet dernier, on pouvait lire la tribune de Wilfried Martens, président du Parti Populaire Européen et ancien premier ministre belge. Ce dernier adresse un message de soutien à l’actuel président géorgien, Mikhail Saakachvili, et appelle la communauté européenne à garder un œil ouvert sur le sort de Tbilissi à l’approche des législatives.


La Géorgie, ce petit pays enclavé entre l’Europe et l’Asi,e acquiert son autonomie en 1991 en se dégageant de l’emprise russe. L’ancien pays satellite de l’URSS est alors le théâtre d’un bon nombre d’instabilités : guerres intestines avec l’Ossétie du Sud de 1991 à 2008, Révolution des Roses en 2003, conflits armés avec la Russi. Entre nationalisme et séparatisme, la politique géorgienne n’a rien à voir avec la tranquillité.


Et malgré tout cela, la Géorgie attire. Le collectivisme économique a cédé la place à une économie de marché, faisant du pays caucasien un aimant aux investissements étrangers. En 2011, ce sont 800 millions de dollars qui entrent dans les caisses de l’État géorgien. Le pays connaît une croissance d’environ 9% par an depuis 2004, date à laquelle Saakachvili accède à la tête du pays. La Banque Mondiale place même la Géorgie à la 18ème place mondiale des pays capables de faire prospérer une entreprise (la France est au 31ème rang). En chassant la corruption et en s’ouvrant à l’Europe, le pays avance à grands pas. La Géorgie s’est enfin débarrassé du carcan russe.


Et c’est tout l’enjeu des prochaines législatives d’octobre 2012 puis celui des présidentielles en janvier 2013. Car un nouvel opposant a fait son entrée sur la scène politique nationale : Bidzina Ivanishvili.


L’adversaire de Saakachvili est un oligarque franco-russe, qui a tout simplement décidé de « s’acheter » – au propre comme au figuré – le pays. Accusé d’acheter des voix et d’employer une armada de lobbyistes à Washington pour séduire la presse occidentale, le magnat « tente actuellement, avec la complicité de Moscou, une OPA sur les prochaines élections parlementaires géorgiennes » d’après Wilfried Martens.


Car la tribune de l’ancien premier ministre belge est claire. Il met en garde la communauté européenne sur ce qui se trame en Géorgie : le milliardaire a bâti sa fortune sur les décombres de l’URSS et a glané au passage quelques bons contacts russes. Fidèle du Kremlin, Ivanishvili ne s’en cache pas. Il trouve même « la Géorgie moins démocratique que la Russie ».


Partisan d’un ralliement avec Moscou, l’homme au passé douteux se voit à la tête du pays l’an prochain grâce à son parti le « Rêve géorgien » qui grappille petit-à-petit des voix, plus par populisme et nationalisme que par réel programme politique.


Le milliardaire « philanthrope » a d’ailleurs récemment glissé sur une voie dangereuse. Interviewé sur la chaîne nationale Mastro, Ivanishvili s’est indigné d’une loi accordant davantage de droits aux minorités religieuses. « Selon cette loi, nous pouvons avoir un Parlement dont les membres ne seront pas des citoyens géorgiens, ne parleront pas la langue géorgienne et surtout ne seront pas ethniquement géorgiens » s’est emporté le candidat à l’élection présidentielle. Lors d’un autre entretien, il ajoute qu’il est « inacceptable qu’une mosquée soit construite sur décision de Mikhail Saakachvili. » Le discours tient davantage d’un parti d’extrême droite plutôt que celui d’un parti d’opposition.


C’est donc une sérieuse menace qui plane sur Tbilissi. C’est faire le choix pour sa population, de continuer sur la lancée de Saakachvili, l’ouverture à l’Europe, à la croissance, ou au contraire, faire un grand bond en arrière et revenir sous l’influence de Moscou, en 1991.


Wilfried Martens alerte ses compatriotes, « en appelle au sens des responsabilités de tous les leaders politiques européens », qu’un prétendant louche sérieusement sur les législatives cet automne et sur les présidentielles à l’hiver prochain. Qu’un oligarque nationaliste et extrémiste, marionnette du Kremlin est en passe de concurrencer réellement le pouvoir actuel. Et qu’à ce titre là, le devoir de tous est de « conforter la démocratie en Géorgie ».

Wilfried Martens - Tribune dans "Le Monde"

Wilfried Martens - Tribune dans "Le Monde"

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